i-marginal :
création, agilité, innovation

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Un pôle de compétences hypermédia

I-marginal, que signifie ce nom bizarre ? “C’est un jeu de mots, explique le jeune gérant Sacha Quester-Séméon, entre image, marginalité (dans le sens d’anti-conformité au système de compétition), et imaginal, qui dans la métaphysique désigne ce monde intermédiaire entre l’abstrait et le concret, où l’imagination est créatrice”. Clin d’œil, aussi, à l’héritage hippie de ses géniteurs. Tout a commencé il y a deux ans, lorsque Sacha Quester-Séméon, sa sœur Natacha Quester-Séméon, leur mère Tatiana Faria, et deux amis, Jean-Rémi Deléage et Étienne Parizot, créaient I-marginal sur le coin d’une table, à la Closerie des Lilas. Bons vivants, ils pariaient déjà sur le succès de leur entreprise. La société I-marginal a pour objet la création de contenu électronique, papier, audiovisuel ou radio, et même sur “… tout autre support qui n’existe pas encore à ce jour. Que font ces créateurs dans le monde réel ? Les quatre premiers sont journalistes et le dernier, Étienne, est astrophysicien.

Journalisme traditionnel

L’informatique, ils s’y intéressent depuis le ZX 81 de Sinclair, premier ordinateur des “jumeaux Quester-Séméon. Quant à Jean-Rémi, il y a quinze ans que le mot “multimédia est entré dans son vocabulaire.

“Le numérique est un mélange de machines et d’intelligence. De ce point de vue, je pense que le Web est un outil techno-logique qui pourrait, s’il n’est pas dévoyé, rendre le monde un peu plus intelligible. Peut-être que la révolution du multimédia va dans le sens des besoins profonds de l’être humain : le développement personnel, l’autonomie, la communication multilatérale, le partage de l’intelligence. À nous de faire de ce rêve une réalité.” Après avoir organisé des festivals de films, il a travaillé pour des journaux d’entreprises puis pour Médias, Télérama, Sciences et Avenir.

“Le partage de l’intelligence ?
à nous de faire de ce rêve, une réalité”

Sacha, patron d’I-marginal, est un jeune homme-orchestre du virtuel, rien à voir avec le légendaire Rémy Bricka. Il est à l’aise dans l’informatique comme un poisson dans l’océan numérique. Difficile de lui coller une étiquette sur le dos. Un jour, il répare les micros de ses amis à Paris, le lendemain avec une amie, il anime et réalise une tranche horaire pour une radio d’humour nationale. Il collabore également à des productions plus sérieuses : il assiste le directeur artistique d’une exposition au musée de l’Orangerie, ou part à Prague, comme assistant-caméraman d’un documentaire artistique pour Arte.

“Le démontage de jouets
quand j’étais enfant, me sert aujourd’hui
pour réparer et comprendre les ordinateurs”

Il programme le HTML, manie le graphisme, compose de la musique sur son ordinateur. Et enfin, il porte la casquette de journaliste, en faisant la critique de cédéroms culturels et scientifiques et de jeux vidéo. De ces compétences laquelle préfère-t-il ? “Pour moi, toutes ces activités se complètent. J’ai bien sûr une préférence pour l’informatique et le multimédia, mais je me sers aussi bien de mes expériences artistiques pour réaliser la mise en page de la publication que vous avez entre les mains, que de mes nombreux démontages de jouets lorsque j’étais enfant, pour réparer des ordinateurs. J’aime apprendre. Et quand j’apprends quelque chose d’intéressant, j’essaie de l’intégrer à mon travail. C’est grâce à cela que j’ai pu devenir journaliste.”

L’internaute professionnelle, c’est Natacha, qui a à son actif des années de navigation cyberspatiale. Formée au journalisme par son travail de secrétariat de rédaction pour la revue de l’association les humains associés, elle fait ses armes dans la presse grand public en collaborant aux débuts de la rubrique multimédia de Télérama, puis à celle de Sciences et Avenir. “C’est amusant de voir la surprise de vos interlocuteurs lorsqu’ils constatent que spécialiste du multimédia peut aussi se conjuguer au féminin.”

En 1995, Sciences et Avenir appelle Jean-Rémi à intégrer la nouvelle rédaction. Assisté de ses deux acolytes Sacha et Natacha, il fonde quelques mois plus tard PlanetCyber, un cahier multimédia mensuel de dix pages. Sacha s’occupe du off-line (cédéroms et innovations), Natacha du on-line (les critiques de sites, sa chronique mensuelle). L’enjeu du multimédia devient de plus en plus évident pour les Français et pour les éditeurs de presse. La rubrique remporte un succès commercial et contribue à rajeunir le lectorat du magazine cinquantenaire. Le rythme s’accélère, ils font office de département multimédia informel du groupe (Le Nouvel Observateur, Sciences et Avenir, Challenges), les journalistes de l’Obs ne viennent-ils pas faire déboguer leurs bécanes chez eux et surfer sur le seul poste on-line de la maison ? Trois années de suite, la rédaction du Nouvel Observateur leur demande de collaborer aux numéros spéciaux sur le multimédia. Puis le trio conçoit et assure la rédaction en chef du premier hors-série de la revue économique Challenges intitulé “Planète multimédia, Le Guide” (150 pages). eux deux, les jumeaux rédacteurs en chef ont à peine plus de 40 ans. “Pendant la préparation du hors-série, Jean-Rémi était parti quinze jours en reportage au Japon pour Sciences et Avenir, sur un dossier robotique, se souvient Sacha, on était en plein editing, on s’envoyait des e-mails, des photos numériques, on discutait en chat-room, on était une rédaction virtuelle”.

Natacha résume son angle de prédilection : “On a besoin d’un autre regard sur ce monde technique. Il est possible d’aller au-delà de la simple cyberfascination pour la cylindrée des disques dur, la vitesse de l’horloge, ou la bande passante du Net. Trop souvent, on voit du pipo-cyber-commercial, ou du techno-charabia, qui embrouille aussi bien le lecteur que son auteur. On peut expliquer les enjeux, faire de la vulgarisation, sans exclure pour autant une réflexion de fond. Forte de ce constat, elle crée deux personnages imaginaires qui paraissent pour la première fois dans Challenges, le professeur Madnet et son élève Candide qui expliquent ce qu’est la révolution de l’aubergine, sous la forme d’un dialogue amical.

“On peut vulgariser le cyber
sans exclure pour autant
une réflexion de fond”

Outre sa chronique Internet, elle a créé une rubrique dans Sciences et Avenir dédiée à l’école et au multimédia avec un petit dessin d’humour : ” La souris et la craie. Jean-Rémi est aussi en charge des “sciences humaines, et Natacha s’occupe avec lui de dossiers comme “Les Ovnis ont 50 ans, “Télévision : le cerveau emprisonné, ou “l’Internet à l’école”.

À l’occasion de la première Fête de l’Internet en avril 1998, le trio dirige un fascicule offert aux lecteurs, les “101 meilleurs sites Internet. Ils ont milité pendant des mois pour qu’une édition électronique du magazine soit créée sur le Web. Elle verra le jour sur le bouquet d’America On Line (AOL), le plus important fournisseur d’accès Internet de la planète. Après trois ans sous les drapeaux du groupe Obs, le trio infernal l’a quitté. Le petit navire I-marginal les attendait à bon port, arrimé à leur QG sous les toits au cœur de Paris.

La culture de l’image et de l’écrit

Mais I-marginal ne se cantonne pas seulement au cybermonde. Le quintette rassemble des sensibilités diverses, lien essentiel entre la culture de l’écrit et de l’image. Tatiana Faria, qui collabore ponctuellement à certains journaux, est en charge de la présidence de l’association culturelle et scientifique les humains associés, qu’elle a créée en 1984. Par ailleurs, elle a été productrice associée sur la série d’émission télé Rencontre.

“Le cyberhumanisme, c’est se préoccuper de la dérive des continents entre info-riches et info-pauvres”

Amoureuse du papier, de la plume, de la philo et des arts, elle contrebalance les tendances technophiles de ses associés. Elle les enrichit de par sa réflexion et son savoir-faire reconnu en matière d’édition, car la publication gracieuse qu’elle a créée et dont elle assure la direction depuis dix ans, la Revue intemporelle, est considérée comme l’une des plus belles revues de la planète, une œuvre unique en son genre.

Tatiana s’inquiète de la dérive des continents entre info-riches et info-pauvres, c’est ce qu’elle appelle le cyberhumanisme (article paru dans Le Nouvel Observateur). Tatiana qui a fait les beaux-arts et psycho, joue a Crash Bandicoot, surfe sur le Net, et parle de l’éthique de l’informatique : “Quand je me suis mise à la cyberculture, il y a plusieurs années, mes amis parisiens semblaient déçus de voir que je réfléchissais sur l’impact humain des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), que notre association menaient des actions sur le Net… Ils me disaient que j’avais fais un étrange revirement vers la technique. Ils méprisaient l’informa-
tique et ignoraient volontairement le cybermonde
.”

“La pédagogie scientifique apparaît comme un instrument social et culturel indispensable”

Le docteur des étoiles, c’est Étienne Parizot, astrophysicien, féru de pédagogie, de musique et de poésie. Ce normalien, professeur agrégé de sciences physiques, apporte ses connaissances scientifiques à l’équipe. “Sur le plan des idées comme dans la vie quotidienne, nous nous sommes habitués à utiliser des outils dont la nature, le fonctionnement et l’origine nous échappent complètement. Pourtant, nous pourrions en général en acquérir une compréhension globale assez bonne moyennant un effort limité.”

Conscient du danger que représente la division de notre société en communautés disjointes, n’interagissant plus les unes avec les autres, il s’inquiète du renoncement à comprendre, et donc à agir, que nombre de gens manifestent. “Que ce soit sur le plan scientifique, philosophique, économique ou encore juridique, la pédagogie apparaît comme un instrument social et culturel indispensable. En communiquant leur savoir au lieu d’entretenir le mystère ou la confusion, par paresse ou à des fins de pouvoir, les hommes pourront se sentir moins étrangers les uns aux autres, et au monde dans lequel ils vivent.

Éthique et artisanat

Lorsque l’on additionne les compétences de tous ses membres, on constate qu’I-marginal dispose des outils nécessaires pour créer des contenus multisupports. Ils ont l’esprit hypertextuel. A propos, que veut dire ce terme multisupport ? Cela consiste à penser un contenu et à le décliner selon le média (presse, télé, cd-rom, Web, radio, etc.). I-marginal se fonde sur un esprit artistique, une finition artisanale et soignée. Dans la vie comme dans le business, ils ont leur éthique. Si un deal ne convient pas à leurs conditions, ils n’hésitent pas à mettre les points sur les “i”.

“Notre but n’est pas de produire à la chaîne mais de donner le meilleur de nous-mêmes”

Certains nous ont gentiment dit que si l’on continuait sur cette voie éthique, trop éthique, nous n’irions pas loin en affaires… Comme si faire autrement était chose impossible ! L’équipage annonce la couleur : ” Notre but n’est pas de produire à la chaîne, ni de faire du profit à tout prix. Nous choisissons les projets sur lesquels nous travaillons en y apportant une touche d’imargilité, surtout en donnant le meilleur de nous-mêmes”. Pour eux le nouveau paradigme est plus qu’une théorie, c’est une pratique, le 3ème millénaire sera l’ère de la coopération, celui de la compétition étant bel et bien révolu.

Alexandra David